Le rationalisme critique de James et de Popper est la dernière expression du traitement analytique de toutes choses telles qu’opposées au vivant après mise à bas des métaphysiques et une fois baguées les émotions; à partir de là (il est vrai que les conséquences de cette juste approche sont émotionnellement déprimantes), le réenchantement volontariste entre en scène. Faute d’une naïveté générale ‑elle a vécu- nous ne sommes plus dans le registre de la religion (compte non tenu des analphabètes des périphéries, pas notre monde), mais dans la propagande eudémoniste et l’ingénierie psychologique, donc le retour de pouvoir. Et dans un recul potentiellement infini par rapport au rationalisme critique, lequel apparaît dés lors comme l’acmé de la recherche.
Main
Cette idée folle que les problèmes seront résolus sur la distance par des mécanismes occultes dont le fonctionnement est en dernière analyse intelligent, cette antienne de la propagande néolibérale, a si bien pénétré les masses populaires qu’elles regardent gésir devant elles les problèmes, leur sauter à la gorge, leur mordre l’oreille, bouffer leur cerveau et, dans la douleur, elles se disent: “la main invisible, me sauvera!”
Redistribution
Redistribuer les cartes. A ceux qui connaissent le jeu, promettent de respecter les règles et jurent de ne pas les détourner. Resterait, pour faire société, ceux qui ne se donnent pour but qu’eux-mêmes. Ceux qui conçoivent l’existence comme une conséquence des règles imparties. Ceux qui, sur le principe, se jugent responsables de la bonne tenue du jeu, assument et honorent la charge.
Utopie
Une des critiques fondamentales que l’on pourrait adresser au transhumanisme quant à son projet d’auto-transcendance technologique est que le repoussement des limites par l’octroi de moyens neufs à l’humain n’implique aucunement, compte tenu de l’équation moyens-limites, une possibilité de réalisation de soi débouchant sur un état de contentement supérieur à celui qui est actuellement déterminé par les données-bases de la nature.
Tommy
Depuis que le verdict est tombé, je pense à Tommy Robinson, condamné à treize mois d’emprisonnement pour avoir filmé les premières séances du tribunal britannique devant lequel comparaissaient les Pakistanais organisateurs sur le territoire du royaume d’un réseau de torture et de viol de fillettes, et ce pendant dix ans. Par cette action, le leader de l’English Defence League entendait attirer l’attention des citoyens sur le travail d’occultation auquel se livre le pouvoir dans l’île comme ailleurs en Europe, c’est à dire, réinformer. Et je pense à lui avec crainte, chacun ayant compris que derrière les murs sévissent des maffias musulmanes qui appellent au lynchage, relayant l’esprit de vengeance atavique qu’installent au sein de nos sociétés leurs pairs en religion. Mon autre héros du moment, Julian Assange, a cette expression heureuse pour qualifier les régimes funèbres qui s’occupent d’absorber les derniers vestiges de la démocratie: “états fiscalistes” — comme on disait autrefois “immeubles de rapport” — leur dessein exclusif étant la ponction des ressources du travail des hommes.