11 décembre

Ce que déjà je regrette: le silence.

20’000

Ma mai­son a tous les avan­tages. Mod­este, peu dégagée, elle est sans ouver­tures ni orne­ments. De plus, elle est inscrite dans une rue sec­ondaire et enfouie entre les mon­tagnes. Tout va bien. Cepen­dant, j’ai un prob­lème. La nuit, elle se trans­forme en sous-marin acous­tique. Comme un cerveau en surten­sion, elle respire et souf­fle d’un radi­a­teur à l’autre des litres d’eau qui trans­for­ment le vol­ume d’habi­ta­tion en une expédi­tion de Jules Verne à tra­vers les Océans.

Littérature

Je lis Dos­toievs­ki, je peine, j’y arrive, cela m’in­téresse peu — j’ad­mire. Je lis Hugo, je peine, je n’y arrive pas, je me dés­in­téresse — n’ad­mire pas. Le Russe par­le des bour­geois en homme du peu­ple, le Français par­le du peu­ple en bourgeois.

Anarchie

Avoir peur des gens au pou­voir, rien de plus nor­mal. En liq­uidant leur per­son­ne, ils ont liq­uidé leur peur. Il sont moins qu’eux-mêmes. Ils sont coal­isés. Ils ne sont, dans le groupe fonc­tion­nel, que le résul­tat de la divi­sion arith­mé­tique. Irre­spon­s­ables et tout-puis­sants. A l’op­posé, il y a le principe anar­chique. La souf­france que pro­duisent la soli­tude et la tra­ver­sée de l’in­cer­tain, la peine et le lou­voiement, autant de mal­adies natives de l’homme, indéracin­ables, c’est à dire fon­da­tri­ces — elles doivent être sup­port­ées. Ce sont les guides. Il faut les honorer.

Dieu

Ecouté trois fois ce soir le Mis­erere mei de Gre­go­rio Alle­gri par le choeur du King’s col­lege: une  grâce qui met les larmes aux yeux.

(N)

Occupé à mes recherch­es sur Naypy­i­tav où je retourne en jan­vi­er. Je cherche sur place des indi­vidus qui par­leraient une de nos langues et le bir­man. Pour ruser, je lance le moteur sur les aggloméra­tions satel­lites sachant que la cap­i­tale est plus par­ti­c­ulière­ment sur­veil­lée par les mil­i­taires. Et trou­ve six pro­fils. Plus je les regarde, plus je com­prends qu’ils ont été créés dans un bureau. Ils n’ex­is­tent pas. Pho­to prise ici, iden­tité là, texte de présen­ta­tion inven­té… “Pro­fil not ver­i­fied.” “Last login: 2 years and 11 months.” “Not live any­more.” “Response over one week.” 

Claque

Ren­con­tré l’autre jour, à Vidy, cet homme à demi-chevelu, coif­fé d’un cha­peau de feu­tre qui me tira un matin, sans rai­son, une claque alors que j’é­tais ado­les­cent et même petit dans la gare de Lau­sanne. Il me parut vieux. Les mots qu’il artic­u­la ne par­laient que de san­té. La sienne. Fuyante.

Cheval

Le fac­teur cheval eut l’in­tu­ition que le Palais devait être l’oeu­vre de sa vie lorsqu’il trébucha sur un cail­lou à la forme originale.

La vie après la vie

Élu­cubra­tions d’Elis­a­beth Kübler-Ross. Elle sait ce que nous savons tous. Ni plus ni moins. Son intel­li­gence est d’é­couter le désir du dés­espoir, sa per­ver­sité d’en tir­er prof­it. Cer­cle des voy­ants, des marabouts, des escrocs. Poudre de per­limp­in­pin. Cepen­dant, à la dif­férence des ces char­la­tans de bas étage elle tient — et mérite de tenir — sa légitim­ité de son tra­vail d’in­fir­mière, de con­fesseur de la souf­france, d’ac­com­pa­g­na­trice des morts. Mais de vision méta­physique? Aucune. De cer­ti­tude sur le Grand mys­tère? Allons-donc! Lemme: vous souhaitez pren­dre l’as­cen­dant? Dites ce que les gens ont envie d’entendre!

Ego-industrialisation

Mul­ti­pli­ca­tion des jeux de cirque sous con­trat avec séquences filmées: le rap­port de la plus-val­ue est en accroisse­ment con­stant (wing-suite, com­bats sauvages, duels auto­mo­biles, sauts de bar­rages, apnées…). Quand le risque aug­mente sur scène, c’est la mort qui aug­mente en coulisse. Tout un peu­ple con­somme avec brio ses min­utes de présence au monde.