“Mesdames, Messieurs, Veuillez évacuer immédiatement le pays, et ce jusqu’à nouvel ordre. Nous vous tiendrons informés. Le gouvernement maîtrise la situation.”
Robotisation
Robots et immigrés. Tel est de longue date le projet de refonte sociale. Les uns sont privés d’esprit, les autres ne pensent pas, ou mal, ou s’ils pensent, par intérêt s’inclinent. Ce piège tendu à l’histoire, la nôtre, de longue date théorisé dans les think-tanks néolibéraux, techniquement mis à charge de la gauche universitaire américaine puis européenne permettra, à la faveur de l’épidémie, de garantir le rançonnement ouvrier de la population en faveur d’une minorité adepte du dimorphisme comme l’étaient autrefois, au moment de la plus grande pourriture des prérogatives, les dynasties royales de notre continent.
Rêve
File d’attente en zig-zag. Ce sont les invités à la soirée de gala de la Maison Blanche. Devant moi, Bart Simpson, le personnage de dessin animé. Il est candidat. “Vous faites erreur, me dit-on, il s’agit d’Homer”. Pour savoir à quoi ressemble Homer dans la réalité, je remonte la file. Eh bien, il est tout à fait crédible: chauve, roux, débonnaire. “Hélas, se confie-t-il comme je lui souhaite bonne chance, il y a peu de chances que je sois élu président, et ce n’est pas à cause de l’opposant, mais de cette femme qui fait cavalier seul, Jennifer”. Vient mon tour de pénétrer dans la Maison Blanche. Je dois alors me hisser jusqu’à la porte. Haut placée, elle n’est accessible qu’aux acrobates. Enfin, je bascule dans la salle de gala. Des invités de marque se tiennent là, déguisés en girafe, chameau, chien, serpent. Un maître de cérémonie me conduit au buffet tout en posant des questions. Qu’il conclut par “vous avez droit à ça!”. Une goutte de vin versée dans le creux d’une bougie elle-même placé à l’intérieur d’un verre, tandis que les convives boivent le vin à grands traits. Je m’approche des groupes pour entendre les conversations. Partout il est question de l’élection, mais sur le mode du “one-man-show”, chaque interlocuteur s’efforçant de faire rire les autres. Une fois la salle traversée, je me trouve dans une salle de musculation. Entre les machines, des tas de polenta jaune. Les hommes qui s’entraînent sont maigres et puissants. Entre deux exercices de force, ils mangent le maïs à la louche et piochent du Nutella dans des seaux.
Alpestre
Ce matin, par grande lumière, je pars marcher. Au hasard, j’emprunte des sentiers fléchés. Au-dessus des alpages, sur un plateau de pierres éboulées, je croise un couple qui finit son excursion — il est midi passé. Je tente la montée. Après une heure trente de progression, comme le sommet est en vue, renoncer serait frustrant. En fin de compte, je suis sur la Tour du Famelon, à 2139 mètres, fatigué, content, pris de vertige (je le suis aussi sur un simple pont). Splendide ouverture sur les prés. Verts changeants, selon la fuite des nuages, de la nuance pâle au foncé bouteille. A l’horizon, les Mosses et la Forclaz. A l’est amas une amas de pierres rondes encore maquillé de neige.