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Qu’est-ce qu’un immi­gré? Un indi­vidu qui accepte de quit­ter son pays faute d’y trou­ver les con­di­tions de la bonne vie, a for­tiori de les créer. Par générosité et cal­cul, des pays solides et aboutis, sou­vent occi­den­taux, accueil­lent ces transfuges. Que ces pièces rap­portées fusti­gent, une fois instal­lés, les pos­si­bil­ités offertes par des peu­ples hôtes (enten­dre “nous”) qui n’ont a pri­ori aucune rai­son de partager avec un nou­veau venu ce qu’ils ont acquis de plein droit relève donc du para­doxe. Ajou­tons: les immi­grés, gens sen­sés, le savent, le com­pren­nent. Sauf quand des mal­faisants, des nauséabonds, des sang­sues nôtres, nées au pays, inculquent, après avoir isolé pour l’ex­ploiter la frus­tra­tion naturelle de l’im­mi­gré (nul ne souhaite quit­ter son pays — vous?), l’e­sprit de fausse iden­tité, le faux héroïsme et la cul­ture de fab­rique, le tout vec­torisé par des reven­di­ca­tions car­i­cat­u­rales. A ce point de la tromperie, aujour­d’hui donc, prof­i­tant du con­texte anx­ieux qu’ils ont instil­lé dans les esprits, les Mon­di­al­istes aug­mentent la charge. Toute cri­tique con­tre le pays en sit­u­a­tion d’ac­cueil­lir doit être encour­agée, récom­pen­sée. Toute per­son­ne qui accueille d’emblée soupçon­née de le faire pour de mau­vais­es raisons. Face à un tel mépris de l’hu­man­ité, il n’y a qu’une voie d’is­sue: le retour immé­di­at et con­di­tion­nel (par le tra­vail for­cé les immi­grés paient leur ren­voi) vers les pays de nais­sance et de couleur, et ce pour toutes les races que les pour­fend­eurs cap­i­tal­istes de la cul­ture ont allé­gre­ment dif­fusées sur la planis­phère depuis 1990, y com­pris, pri­or­i­taire­ment, les néo-colo­nial­istes blancs et désor­mais jaunes, féro­ces mangeurs de terre africaine.

Mouvement 32

Belle pluie grise. Qui ne change rien au silence mou de la sta­tion. Avant que je ne quitte la cham­bre, ayant mal dor­mi — il va être onze heures — Gala pré­pare un café d’en­cre, qu’elle boit, qui lui tor­pille le foie. Le reste du jour, elle rase les murs, s’ef­force et peine. Lavé, remis sur pied, je tra­vaille à la remonte des clients: “annon­cez vos man­i­fes­ta­tions, don­nez des affich­es, nous sommes là!”. Quand mon ter­mi­no sonne. Le médecin s’ex­cuse: “Désolé Mon­sieur Friederich, j’ai un peu de retard.” Un peu? Une heure trente. Sauf que moi, j’at­tendais son appel, une con­sul­ta­tion par télé­phone, pour qua­torze heures. Me suis trompé. Lui a rai­son. Logique. Bref, que veux-je? D’abord savoir pourquoi la gorge, les poumons, le ven­tre, le haut des couilles et mon cul brû­lent. Il explique, fait la part de l’al­cool, du dîn­er tardif et de… — j’ou­blie. Après quoi, je dis mon angoisse majeure: “je-ne-peux-pas met­tre sur mon vis­age le masque des gou­verne­ments, car je suis claus­tro­phobeux, je souf­fre, j’é­touffe, je meurs!” A rai­son, il m’op­pose que ce n’est pas oblig­a­toire. A quoi je rétorque, sans men­tion­ner l’Es­pagne: “ici, non”. Je ne peux pas, insiste le médecin de Fri­bourg, car vous n’êtes pas dans la “pop­u­la­tion à risques”. N’est-ce pas extra­or­di­naire toutes ces expres­sions qui dis­ent qui vous êtes? Fin de la dis­cus­sion thérapeu­ti­co-morale. Essay­er-pas pu. Je me mets alors à mes cor­rec­tions, tou­jours Notr Pays. Puis je veux aller faire du sport. Pre­mière fois en trois mois que c’est impos­si­ble: je l’ai dit, tombe une pluie grise à ten­dance drue. Donc, tout ceci, les sin­geries, sont faites en cham­bre. Heureuse­ment (ping!), pen­dant les exer­ci­ces un mes­sage arrive sur l’écran, c’est une copie de l’ar­ti­cle paru ce matin dans Mar­i­anne sur H+ qui com­mence par ces mots, “Dans un bril­lant essai…”. Bon, bien. Car il faut se ras­sur­er. S’aimer un peu. Puis c’est — déjà — l’heure de la bière. Et donc, tout va rel­a­tive­ment bien, dans un monde en décon­fi­ture, avec des foules neu­rodécérébrées qui cla­ment à la sur­face de la planète leur bonne con­science pro-éner­gumènes tout en pil­lant des bou­tiques de chaus­sures à sus­pen­sion, oui tout va bien, lorsque me parvient cette nou­velle :  mon gérant de Fri­bourg vient de ven­dre un con­trat d’af­fichage à un prix de faveur fou, con­crète­ment moins de la moitié du prix. J’at­trape le télé­phone, m’emporte, hurle et lui rac­croche au nez. Crétin! Non, pire:  lorsque je demande, pourquoi mais pourquoi? Il dit: ces gens man­quent de moyens ! Moyens! Moyens! Quels moyens! Alors que ma courbe car­dia­co­fi­nan­cière est plate! Re-merde!

Munitionnez!

Un effet, deux mots. 1990, “tolérance”, aime celui que tu n’aimes pas! 2020, “dis­tance”, n’aime pas celui que tu aimes!

Rock

Un des titres les plus dés­espérés et pro­fonds que je con­naisse, digne du dernier Joy Divi­sion, Tem­ple Of The Morn­ing Star, ver­sion acous­tique, par Today Is The Day.

Denett

Un arti­cle de prospec­tive économique paru ce jour dont par hasard je prends con­nais­sance (“Ils ont voulu sauver le monde, ils le dyna­mi­tent — Bruno Bertez) met en illus­tra­tion de son pro­pos une remar­que qu’il prête à Daniel Denett: “Il n’y a sim­ple­ment aucune façon polie de dire aux gens qu’ils ont con­sacré leur vie à une illu­sion.” Cela m’a­muse beau­coup, car dans H+, je dis de Denett, ce pos­i­tiviste améri­cain dont j’ad­mire par ailleurs la per­spi­cac­ité philosophique, qu’ayant con­sacré sa car­rière à une cer­ti­tude qu’il n’a jamais pu fonder, il est nor­mal qu’il devi­enne en fin de vie, sauf à s’avouer dupe, idéologue.

19

Ma fille Luv a fêté aujour­d’hui son anniver­saire des dix-neuf ans. S’il fal­lait mesur­er le temps qui passe, je répéterais ce que j’ai dit hier, alors que j’ac­com­pa­g­nais Gala à Genève chez son médecin spé­cial­iste en réé­d­u­ca­tion: “existe-t-il dans les pays non-bar­bares ville plus démoral­isante que Genève?”. Inter­loqué, je con­sid­érais les pas­sants, cher­chant com­ment ils pou­vaient, à l’an­née je sup­pose, vivre dans cet état, ces cir­con­stances, ce déni (il est vrai que la plu­part sont issus des poubelles du monde). Mais ce qui mesure la rup­ture entre ce que je deviens — voir pour la déf­i­ni­tion de car­ac­tère la sen­tence précé­dente — et ce qu’est, en ce jour d’an­niver­saire, ma fille de dix-neuf ans, rien ne me paraît plus sig­ni­fi­catif que de men­tion­ner que celle-ci ne con­sid­ère, j’en prends le pari, pas le temps qui passe, ignore même qu’il passe, et donc ne voit pas ce qui est, le monde, comme pou­vant être autre qu’il est, un monde autre.

Mouvement 31

Jours de diva­ga­tion voués à la lenteur. Je ron­flais, Gala n’a pas dor­mi. Au réveil, il est tard, je surviens seul dans le salon. Gala, qui dans le cours de la nuit plusieurs fois m’a rabroué ratrappe le som­meil per­du et con­tin­ue de tutoy­er le noir. A cette heure pronon­cée, ont déjà fait l’as­cen­sion de notre mon­tagne dix-huit funic­u­laires — il est passé midi. Bue la pre­mière tasse de café, le télé­phone sonne, je tra­vaille par la dis­cus­sion à relever l’en­tre­prise, sauver le revenu des ouvri­ers, glân­er s’il est pos­si­ble quelques francs pour com­plèter le généreux salaire de zéro franc que m’al­loue l’E­tat pour com­pen­saer 12 ans de verse­ments des coti­sa­tions sociales. Ensuite, con­tent de quit­ter l’e­space et le temps partagés, je me plonge une fois de plus dans les cor­rec­tions de Notr Pays, bien­tôt inter­rompu par l’a­gent de presse de l’édi­teur parisien qui me pro­pose une inter­view en ligne avec un mag­a­zine branché. Ren­dez-vous pris (en ligne), je sors, gagne mon esplanade aux Chi­nois, com­mence mes sin­geries sportives; hélas un nuage stoppe au-dessus de ma tête, s’ou­vre, il pleut. Je per­sévère, finis le cœur en chamade, m’es­suie, me cou­vre et ren­tre dans l’im­meu­ble Sir­ius. Alors m’ap­pelle Mon­a­mi. Mar­di, le ton pressé, il m’en­joignait de licenci­er tous les employés red­outant que j’aie à hon­or­er la fail­lite et les futurs licen­ciements sur ma for­tune — je le ras­sure, for­tune, je n’ai pas. Ce matin, il me par­le de TM, mon livre précé­dent: “Bien, très bien, on est avec le per­son­nage, on sent qu’il a vécu, j’ai aimé, tu en as d’autres comme ça?” Et ajoute: “si je n’avais pas lu ton bouquin aupar­a­vant, c’est que la cou­ver­ture est une hor­reur. Sérieuse­ment, qui voudrait pren­dre en main pareil truc?”. Sat­is­fait de l’en­ten­dre dire, quelque peu agacé aus­si (rien à voir avec l’in­ter­locu­teur, en ce moment par­ler au télé­phone m’in­sup­porte), je dis au revoir, je boucle. Descends au vil­lage, achète dans les mag­a­sins du duo­p­o­le de l’émincé de poulet pour le cur­ry malais du soir et du bour­gogne épais car ces jours nous biberon­nons, et un pain chré­tien. Puis, selon l’habi­tude, façon monacale, je me place en face de l’écran de mon portable et plonge dans un excel­lent com­bat de MMA de la ligue UFC, moment inscrit sous le signe de la médi­ta­tion, je veux dire de l’ou­bli du monde, en passe de se réduire à grande vitesse et médiocre­ment — honte à nous — à la société.

Partition

Toute per­son­ne raisonnable­ment douée avait com­pris qu’ils impor­taient sur nos ter­ri­toires les éner­gumènes du tiers-monde afin de déclencher une guerre civile et pré­par­er, après chaos, la régence. Guerre déclarée. Que nos jeunes relaient à par­tir de mots d’or­dre fab­riqués en lab­o­ra­toire. Je me félic­ité d’avoir à mourir bien­tôt. Eux le paieront par le cyberem­pris­on­n­ment. Mais enfin, ils aiment la lib­erté d’u­sine, en jouis­sent, la flat­tent. Bref, avec les anti-démoc­rates, je suis hélas for­cé d’ad­met­tre ce jour, face aux mou­ve­ment orchestrés des rues améri­caines, demain européennes, que la démoc­ra­tie est un échec.

Merde sociale

Au pays de France, gilets jaunes plom­bés, matraqués, énu­cléés. Au pays de Suisse, prim­i­tifs musul­mans coop­tés au statut de citoyens par la ver­tu du don de passe­port dont les plus émi­nents, cou­verts pour vio­lences sex­uelles envers nos nubiles par un habile tra­vail d’escamo­tage de l’E­tat. Dernières manoeu­vres en date dans ce domaine de l’ob­scur, l’E­tat de Genève et son chef de l’é­d­u­ca­tion (une femme). Trop longue la liste d’ailleurs, pas mon tra­vail, sinon de soutenir le dégoût absolu des gens de bien face à la démi­si­son ordurière… Mais ce n’est pas ce que je voulais ici établir au présent — je me suis lais­sé emporté par mon peu de goût pour la pente générale de notre société et sa veu­lerie de salon. Ceci donc : après la lev­ée de l’E­tat d’ur­gence, courageux Muni­chois, Berli­nois ou Bernois (gauchistes, droitistes con­fon­dus) con­tre la vac­ci­na­tion total­i­taire, la suror­gan­i­sa­tion du corps et le traçage intrusif. Prostes­ta­tions de rue aus­sitôt réprimées et dis­per­sées, puis évac­uées par les paniers à salade. Alors que ce jour, dans nos villes, agroupe­ment d’an­tiracistes — en par­tie le per­son­nel d’im­por­ta­tion qui milite pour son droit par­a­sitaire — au nom d’une mal­heureuse vic­time améri­caine de la bru­tal­ité poli­cière améri­caine — je pré­cise, je déteste la police. Et quoi, dirons-nous ? Vox guber­na­men­tal­is: “il est vrai, dix­it, qu’ils ne respectent pas, ‘hélas’, les dis­tances san­i­taires”. Réac­tion d’endigue­ment? Flics de bar­rage? Rien. Com­plai­sance. Sous les ordres, la force en uni­forme regarde défil­er. Même, elle salue le paci­fisme. Car la cause est bonne. CQFD. C’est à dire utile aux vam­pires mon­di­al­istes. Mes­sage des souter­rains aux dupes: “faux amis, traîtres véri­ta­bles, vous tous, esclaves de nos pays d’Oc­ci­dent, con­tin­uez de scan­der les mots d’or­dre de l’oli­garchie: à force de défendre de faux esclaves, nous finirons par pren­dre leur place !”

“Axis of Eden”

Solu­tion évi­dente, la guerre car elle est math­é­ma­tique. Alors qu’à l’év­i­dence, seuls quelques esprits déséquili­brés, férus de pou­voir, mènent à terme un plan cap­i­tal­iste de destruc­tion de notre planète d’hommes, dans une guerre, la moitié au moins de la pop­u­la­tion (le camp du Mal”, selon le rac­cour­ci oppor­tuniste) peut être tenu pour responsable.