Raid

Pro­jet de tra­vers­er à vélo, en autonomie, la jun­gle de Péten au départ de la ville guaté­maltèque de Flo­res pour rejoin­dre mil kilo­mètres plus au Nord la sta­tion bal­néaire de Saban­cuy dans l’É­tat mex­i­cain de Campeche. En décem­bre, dans le quarti­er des forces armées de Guatemala-ciu­dad, j’en par­lais à Hec­tor. Depuis je me suis mis au tra­vail, j’ai tracé les pre­miers liaisons de pistes. Lui qui si vite réag­it à mes mes­sages, main­tenant garde le silence. 

Repères

Expéri­ences noc­turnes tou­jours aus­si éprou­vantes. Ce que je peine à com­pren­dre c’est com­ment elles peu­vent, sans jamais cess­er, ne se ressem­bler jamais.

Agrabuey

Un voisin a suc­com­bé hier à sa mal­adie. A la sor­tie de l’église ce soir, tout le vil­lage plus joyeux.

Solution

Instal­lé con­tre la paroi du bureau six poches de plas­tique pour recevoir mes télé­phones porta­bles. Ces acces­soires chi­nois sont ven­dus avec leur ruban de fix­a­tion. La pre­mière nuit je suis con­tent de mon affaire. La sec­onde, l’un des porta­bles dévisse, heurte le sol, me réveille. Depuis j’ai sur­sauté à chaque impact. Désor­mais, je suis revenu à la sit­u­a­tion de départ: six mod­èles dotés de numéros dis­tincts, cepen­dant indiscernables.

Anticapitalisme

Per­ver­sion ultime du pro­gramme poli­tique libéral que cette idée des maf­fias de gou­verne­ment européennes de con­necter les objets usuels à un cen­tre d’en­reg­istrement afin de sur­veiller leur cir­cu­la­tion donc les individus.

Augure

“Défaite de la pen­sée”, titre pam­phlé­taire déjà ancien. La con­for­ma­tion erra­tique, naïve­ment pré­ten­tieuse faute de savoir con­stru­ire une opin­ion, la fonder, la véri­fi­er, devient cepen­dant la norme. De ce fait les dis­cus­sions vont à vau-l’eau, n’ap­por­tent à ceux qui encore les cour­tisent qu’insatisfaction. 

Mimizan

Moi qui pen­sais qu’il suf­fi­rait de rouler dans les rues pour trou­ver le numéro de télé­phone d’une cham­bre ou d’un apparte­ment à louer. Mais l’époque est à l’in­ter­net et je suis naïf, d’au­tant plus naïf que je reviens d’Amérique cen­trale, pop­u­la­tion encore sen­sée qui rit et par­le et ren­seigne. Puis en cette sai­son la sta­tion de Mimizan est cou­rue des vents, vide, close. Excédé, je men­ace de repar­tir pour Agrabuey. L’Of­fice du Tourisme indique à Gala une Rési­dence des sables. Peu après un retraité vient nous chercher avec sa Renault, il nous fait vis­iter un bun­ga­low insér­er entre dix autres bun­ga­lows. Bil­lets de ma main à sa poche, con­fort de grande sur­face, le tout brin­que­bal­ant mais calme, sans voisin et la mer est juste là, aux vagues déchaînées, j’y vais mon surf sous le bras, en revient pareille­ment, courant trop fort, dan­ger, je passe à la bière. Splen­dide côte cepen­dant, inchangée depuis vingt ans quand nous y venions avec les enfants alors petits, d’ailleurs c’est le même quarti­er, entre dunes et pinède, près de la zone mil­i­taire, mais société française au ralen­ti, et ce n’est pas que la sai­son, c’est le social­isme, la misère.

Zarautz 4

Plainte par télé­phone et par écrit assis au salon tan­dis que des ouvri­ers per­forent sur le bal­con et à l’heure du repas nous pas­sons la fron­tière après avoir réem­bar­qué surf, vélo et valise en direc­tion des Lan­des et de Mimizan.

Zarautz 3

Rester chez soi. Dans une société où cha­cun cherche à gag­n­er de l’ar­gent sans tra­vailler (nou­velle économie de la dis­tri­b­u­tion type Uber), il faut rester chez soi.

Zarautz 2

L’employée chili­enne explique com­ment ouvrir la porte-fenêtre du bal­con. Elle lit le mode d’emploi affiché sur le côté de mur, pousse et tire, perd ses forces. Je prends le relais. J’ou­vre, nous ne pou­vons refer­mer. Elle appelle l’a­gence. Qui explique. A grand peine, nous fer­mons. Demi-heure plus tard, j’ou­vre: la porte se coince. J’in­siste. Gala insiste. Pas moyen. Nous appelons l’a­gence. Ils envoient quelqu’un. Un type demande la per­mis­sion d’en­tr­er, il entre, il théorise, s’es­saie sur la porte, mon­tre, démon­tre. Et repart. Un heure plus tard la porte-fenêtre men­ace de s’écrouler, elle est ouverte, nous n’osons plus pouss­er ni tir­er et il fait froid. Gala se plaint. Chauffage au max­i­mum, bruit de ven­ti­la­tion. Derniers ouvri­ers sur le départ. Nous rap­pelons l’a­gence. Les heures de bureaux sont dépassées, l’a­gence est fer­mée. Alors le numéro de sec­ours. Ils envoient quelqu’un. Même gars que la fois précé­dente. Vis­i­ble­ment excédé. Comme a fait la Chili­enne, il lit le mode d’emploi sur le côté de mur, résume les gestes l’un après l’autre, nous demande de le filmer, se lance: il fait, fait encore, c’est ouvert, puis défait et re-défait, c’est fer­mé. A notre tour. J’y arrive plus ou moins. Pré­cisons: avec son aide. Avant de s’en aller il aver­tit: je ne viendrai pas une troisième fois. Mais il se veut ras­sur­ant: “nous vous avons envoyé une vidéo qui détaille les gestes d’ou­ver­ture et de fer­me­ture, voilà, bon­soir!”. Je n’ose plus touch­er à la porte seule­ment voilà: mon surf est sur le bal­con. J’ou­vre, la porte se bloque.