Belle pluie, fine et grise, et rare. Les oiseaux font d’autres chants, le bétail se serre contre les arbres. Pour parler quelques minutes dans la journée, je guette les voisins à travers la lucarne. Non pas que je me sente seul, mais il faut parler de la pluie. Dans l’après-midi, je vais remplir un verre d’eau à la fontaine, revient mouillé, ne me sèche pas, renoue avec mes corrections, cuit une morue sur des lentilles, écoute Capra (enfin un groupe extrême et violent comme j’en espère toute l’année) et glisse à grand peine un tapis sous mon lit double de 60 kilos constatant qu’en ces chantiers, depuis toujours, j’ai deux bras là où il en faudrait quatre voire six.
Catégorie : Inconsistance
Vie
Chaque jour si différent quoique répété. Je songe ici aux hommes du grand encadrement, moines ou militaires, dont on se demande comment ils trouvent à jouer dans la vie quotidienne, en dépit de la discipline, toute la gamme des émotions. Mais je songe encore à chacun d’entre nous, traversé par des sentiments et sensations difficiles à comprendre ou à circonscrire, tout à fait impossibles à reproduire, surtout quand on s’y efforce pour racheter maladroitement un moment de désespoir. Infinies sont les sinuosités émotionnelles par lesquelles nous transitons et gages du subtil fonctionnement de la vie qui nous échoit.