Sonder 2

Col de Lar­rau. Splen­dide, éprou­vant. Que n’ai-je pesé le vélo? J’y ai four­ré ce qui me tombait sous la main: réchaud, couteau, out­ils, tablette, je ne men­tionne que le plus lourd, cadre com­pris, il doit voisin­er les trente-deux kilos, j’ai la sen­sa­tion de pédaler sur un tank. Puis la posi­tion est nou­velle, la géométrie “hard tail” je ne con­nais pas. Ce que je con­nais ce sont les courbes majestueuses du col qui con­duit de la Navarre pro­fonde des val­lées ori­en­tales d’Uztár­roz à la fron­tière française, majestueuses, fréquen­tées par les chevaux et les motards mais surtout infinies. Des Colom­bi­ens me dépassent. Vélo de danseuses, corps de cigales, vingt-cinq ans d’âge. Ils se met­tent en pause. Atten­dent l’un des leurs. Celui-ci a plus de peine. Trop de dents au plateau. Quand il me rejoint nous faisons route ensem­ble, mais la con­ver­sa­tion n’aide pas, je le laisse par­tir. Le soir je suis à Saint-Engrâce, chez Pierre, sur ce ter­rain de camp­ing lové dans le creux de la riv­ière Uhaitxa. Au comp­toir, Pierre me verse deux pintes de Duff glacées. De retour à la tente je dégotte le sand­wich qu’a pré­paré dans une sta­tion-ser­vice de Ron­cal la pom­p­iste, croque assis sur une bal­ançoire, puis me bats tout la nuit entre mal de ven­tre et vom­isse­ments. Le matin je suis prêt pour clou de la sor­tie: le col du Sou­dat, vingt-et-un kilo­mètres a 10% avec des pas­sages à 15%. Mais j’ai un prob­lème. Mon nav­i­ga­teur a changé de langue. Dis­tance, vitesse, cadence sont devenus nopeus, etäisyys, aika. Dans une forêt j’ap­pelle un berg­er: “vous par­lez le basque”. ‑Oh, pas tant, ici c’est le Béarn! Pour savoir com­ment on dit “langue”, pour revenir à “français”. Au som­met du col, après que j’ai repris mon souf­fle accroupi, des Alle­mands. A Arette, en bas de la val­lée, au ten­ancier du camp­ing, je demande s’il recon­naît des mots. Il en désigne un. “Donc, c’est bien du basque?”. Je cherche la tra­duc­tion: ça ne colle pas. C’é­tait du finlandais.