Col de Larrau. Splendide, éprouvant. Que n’ai-je pesé le vélo? J’y ai fourré ce qui me tombait sous la main: réchaud, couteau, outils, tablette, je ne mentionne que le plus lourd, cadre compris, il doit voisiner les trente-deux kilos, j’ai la sensation de pédaler sur un tank. Puis la position est nouvelle, la géométrie “hard tail” je ne connais pas. Ce que je connais ce sont les courbes majestueuses du col qui conduit de la Navarre profonde des vallées orientales d’Uztárroz à la frontière française, majestueuses, fréquentées par les chevaux et les motards mais surtout infinies. Des Colombiens me dépassent. Vélo de danseuses, corps de cigales, vingt-cinq ans d’âge. Ils se mettent en pause. Attendent l’un des leurs. Celui-ci a plus de peine. Trop de dents au plateau. Quand il me rejoint nous faisons route ensemble, mais la conversation n’aide pas, je le laisse partir. Le soir je suis à Saint-Engrâce, chez Pierre, sur ce terrain de camping lové dans le creux de la rivière Uhaitxa. Au comptoir, Pierre me verse deux pintes de Duff glacées. De retour à la tente je dégotte le sandwich qu’a préparé dans une station-service de Roncal la pompiste, croque assis sur une balançoire, puis me bats tout la nuit entre mal de ventre et vomissements. Le matin je suis prêt pour clou de la sortie: le col du Soudat, vingt-et-un kilomètres a 10% avec des passages à 15%. Mais j’ai un problème. Mon navigateur a changé de langue. Distance, vitesse, cadence sont devenus nopeus, etäisyys, aika. Dans une forêt j’appelle un berger: “vous parlez le basque”. ‑Oh, pas tant, ici c’est le Béarn! Pour savoir comment on dit “langue”, pour revenir à “français”. Au sommet du col, après que j’ai repris mon souffle accroupi, des Allemands. A Arette, en bas de la vallée, au tenancier du camping, je demande s’il reconnaît des mots. Il en désigne un. “Donc, c’est bien du basque?”. Je cherche la traduction: ça ne colle pas. C’était du finlandais.