Sonder

Route de col fer­mée. Il y a dix ans, les voisins se plaig­naient du bitume arraché, du cail­lou, des ornières. Au fil des saisons, sous l’ef­fet du gel et des pins trem­blants, le pas­sage devint périlleux. À l’ap­proche de la course de vélo qu’or­gan­ise le vil­lage début juin, Diego me réqui­si­tion­nait pour bal­ay­er le gra­vat. Au pas­sage des cyclistes mon effort était per­du: les trois kilo­mètres bal­ayés étaient à nou­veau au désas­tre. Ce matin, la route est fer­mée. Les habi­tants de la val­lée annonçaient le chantier fini, il con­tin­ue. L’ou­vri­er me lais­serait pass­er mais il mon­tre les roues de la voiture de ser­vice: glu­ants, empier­rés. Pre­mier jour de test de mon Son­der, ce n’est pas une idée. Je con­tourne. 30 kilo­mètres de plus. Depuis l’Aragón, il faut rouler en direc­tion des Pyrénées, chevauch­er la mon­tagne, redescen­dre le long de la val­lée d’He­cho; je retrou­ve Evola. Il coupe, il bine, il fait de tas, il nour­rit ses chats, il occupe Piedral­ma. Comme il n’a pas plu depuis deux mois, la riv­ière est sèche, la source est tarie. Au réveil il rejoint le som­met par la piste, là où les vach­es pais­sent un reste de prairie, rem­plit des jer­rycans, rap­porte une trentaine de litres, de quoi boire, arroser, se laver, tenir jusqu’au lende­main. Je pique la tente, mange des pâtes, j’ai con­fié à Evola une réserve de bière, je bois. Après un som­meil long et per­tur­bé (les pre­mières étapes, le rythme car­diaque peine à frein­er de nuit), je pars en direc­tion de la Navarre.