Un croûte de vieille neige saisit les rues, les trottoirs, les cours. Dans les avenues s’écoule un trafic imperturbable, spectacle spectral pour qui est habitué aux villes nettes et lumineuses. Ce n’est pas le manteau blanc qui engloutit et fait briller au plus fort de l’hiver les capitales scandinaves, mais une grisaille lourde qui attache aux chaussures et aux pneus, met des bosses sur les perspectives, imbibent les et gonfle les façades. “A l’époque du régime communiste, ils ne prenaient même pas la peine de nettoyer”, dit Monpère. Désormais ce sont les concierges qui ont la tâche d’ouvrir des couloirs piétons dans la neige dure et l’on voit au pied des immeubles des êtres emmitouflés courber le dos sur une pelle de plastique pour gratter quelques mètres de bitume cloqué.