La liberté est d’être presque seul. L’économie monachique tend à cela. Comme les organisations primitives notre société noie l’individu dans le groupe. Autrefois liée à l’économie de survie, la mise sous tutelle de l’individu est aujourd’hui affaire de choix.
En mai 1989, nous avons atteint l’équilibre. Nous étions quinze ou dix, sept au moins, pas reliés, disponibles, amicaux, heureux et indifférents et devant nous étaient les heures. Chacun proposait. On répondait ou on se taisait. Si on partait, on partait à plusieurs, pour un jour, une nuit ou plusieurs jours, sans fermer la porte, sans s’habiller, sans souci.
A vélo avec les enfants. Avant d’emprunter la laie forestière, nous saluons C. Retraité depuis peu, massif, il est dans son jardin et débrouissaille. Midi, il a de peine à parler. Choisit ses mots, qui viennent de loin, s’efforce de les dire à part soi avant de les disposer dans la phrase qu’il dira. Du vin circule dans ses veines, sous le soleil les ânes remuent.