L’électricien polonais, tout le jour, ancien bagnard, la bedaine considérable, ballade dans la maison son odeur. Comme je fais du vélo dans l’atelier et qu’il tire des câbles, se rapproche, je lis le compte à rebours sur le compteur, souhaitant qu’il ne fasse pas irruption avant que j’ai fini d’aspirer mes kilomètres d’air propre.
Hier, aussitôt les enfants couchés, coup de tonnerre et foudre. L’éclair frappe à quelques mètres de l’atelier. Une boule de feu illumine le site. L’électricité lâche (dans la nuit, le téléphone qui fonctionne désomais sur batterie, s’éclaire). Je guette le crépitement des flammes d’un incendie. Je me rassure en me persuadant que le clocher de l’église, point le plus haut, aura attiré la foudre.
Enchantement des enfants lorsqu’ils reviennent dans la maison de Lhôpital ce soir. Le baldaquin sur le lit de Liv, la montre Casio au poignet d’Aplo pour laquelle nous venons d’acheter une pile et un bracelet neufs. Mais aussi les progrès de la construction, moi qui m’échine toute la semaine et le week-end. Des “oh” et des “viens voir, vite!” Et ils voient: les plafonds satinés, la pergola montée entre les pommiers dans le fond du jardin, le manteau de cheminée.
Est-ce une bonne idée de raconter ça aux enfants? A table lorsque nous dînons, au petit déjeuner et pendant le trajet en voiture de France en Suisse, le matin, pour aller à l’école. Peut-être est-ce d’avoir été traité en adulte trop vite, trop tôt, trop bien. On ne peut savoir. Pas plus qu’on ne peut se défaire de ces taits de caractère. Le père se transmet de fils en fils.