Gala au télé­phone. Dans les Cévennes, dit-elle. Où elle est. Sans adresse, sans autre pré­ci­sion. Ici les gens peignent, dit-elle. Moi, je des­sine. Ils par­lent peu. Il sen­tent. Et oui… ça va. Comme un étau qui veut ser­rer un nuage.

L’in­tel­lectuel est d’abord le pro­duit de la langue. C’est son habita­cle et, pour tout assaut don­né au réel, son out­il et sa métaphore. En cela à dis­tance infran­chiss­able du silence monachique comme de la vol­u­bil­ité idiote.

Quand autour de nous tout se tient, mesure de nos efforts, nous cher­chons mécanique­ment le point faible, et faute de le trou­ver le produisons.

En taxi pour quit­ter Kra­bi. Au volant une femme vir­ile et douce. La voiture longe une forêt. — Ici les touristes se promè­nent à dos d’éléphant. Le nez dehors, je scrute. Pas de pachy­derme. Fûts fins, au sol des sentes, une mai­gre végé­ta­tion. Le lende­main, par la presse suisse con­sultée sur le portable j’ap­prends qu’un touriste de Berne est morte piét­inée par un éléphant.

Un cou­ple badi­geon­né de col­orant culi­naire. On le fait entr­er dans une pièce immac­ulée. Il dort, remue, se bat, fait l’amour. On ouvre la pièce, on fait le fait sortir.

Puis je me dis, c’est cela, c’est ici, entre ces murs, avec ce paysage, où je suis, où je serai, ferai, me démènerai.

Enfin Gala au télé­phone. — Où es-tu? Silence. Et pour laiss­er faire, silence de mon côté. Mais au bout d’un temps de dis­cus­sion, elle dit: je dois te dire quelque chose d’énorme. Qu’elle ne dit pas. J’in­siste.
- J’ai démé­nagé, pour l’in­stant je me suis arrêté dans les Cévennes, je des­sine, après, je ne sais pas.

La guerre est le moyen qu’a trou­vé la nature pour forcer l’imag­i­na­tion des hommes à rejoin­dre la nécessité.

Verre d’eau. J’aime. Avec une table de matière noble et une tem­péra­ture à fou­et­ter l’esprit.

De grandes, de vastes tra­di­tions mais une inca­pac­ité à les met­tre en dia­logue de sorte que nous bêlons ou nous pous­sons des cris.