En début d’après-midi au service de Biométrie afin de récupérer mon passeport. Au guichet, une dame enjouée explique à la fonctionnaire qu’à l’avenir elle aura plus de temps pour voyager. Ridicule de cette confidence face à une administration qui par le contrôle légal exerce son poids de contrainte sur le voyage. Or, un peu plus tard, quand la fonctionnaire me demande si je souhaite qu’elle troue l’ancien passeport sans endommager la photographie, je réponds avec plus de ridicule encore:
- Peu importe, c’est seulement que je suis écrivain et souhaitais garder trace de mes voyages.
Biométrie
Pluie
Pluie libératrice ce soir, chose qu’on dit peu en Suisse où les périodes de soleil écrasant sont rares. Nous sommes dans la chaleur depuis dix jours au point d’oublier ce qu’une grisaille amoncelée peut déverser sur la ville. Mais le véritable plaisir est dans la durée, lorsque la pluie tombe en rideaux sur la terre toute la nuit.
Confort
On ne s’aperçoit de la réalité de l’existence des objets qui nous entourent qu’en les changeant de temps en temps de place, écrit Marcel Jouhandeau dans ses Journaliers VI. Par effet de concordance avec la vie immatérielle, voilà qui devrait nous instruire sur la prise du monde alentour qu’on à beau jeu de nommer confort.
Voie étroite
Je ne doute pas que l’exaltation du fond intime par la prière, l’ascèse, l’art, la solitude ne soit la seule voie de grandeur. Les démissions préalables sont nécessaires. Quant à savoir si cette voie étroite ouvre sur la grâce, je le crois, mais elle sera donnée et reprise et ainsi de suite, car pour ce qui est d’un fondement quelconque autorisant la permanence, je n’y crois pas — nous sommes seuls, la condition est tragique.