Histoire

 ‑Savez-vous que j’ai ren­con­tré Churchill à la veille du débar­que­ment? “Que vous a‑t-il dit”? — Rien, il était inqui­et, il n’a pas ouvert la bouche.

Filière viande

Des robots prirent pos­ses­sion de la boucherie sous la con­duite d’un chef-robot lequel déclara à Robert: “je m’ex­cuse d’avoir à vous impos­er ces éner­gumènes. Sachez que je ferai mon pos­si­ble pour qu’ils se mon­trent dis­crets. Mon nom est 0999765E, vous êtes bien Robert, jusqu’à cette heure boucher?”

Cerveau

Si je m’ef­forçais, je me sou­viendrais d’avoir vécu plus d’une sit­u­a­tion étrange, doutant aujour­d’hui si c’é­tait bien moi celui qui était alors aux pris­es avec pareille sit­u­a­tion. Un mécan­isme de défense tient ces scènes de mémoire au-dessous du seuil de la con­science. Cepen­dant, ce qui entre dans le cerveau ne le quitte plus, elle sont donc là ces étranges sit­u­a­tions et con­di­tion­nent à mon insu mon car­ac­tère, infor­ment mes opin­ions, pèsent sur mes directions. 

Indétermination démocratique

Faire plus et mieux, mais depuis l’aube des temps on ne peut que résis­ter en silence et si l’on écrit ou par­le, lut­ter au moyen des livres et de l’opin­ion, sachant qu’il n’y a aucune pos­si­bil­ité de dia­logue vrai avec les indi­vidus qui mon­tés sur des talons, rehausseurs, per­choirs, chaires, strapon­tins, ton­neaux ou tri­bunes, amadouent et per­suadent les indécis.

Je m’amuse 2

A vrai dire, pas plus que ça. Horaire quo­ti­di­en à la fois lâche et méthodique. Lâche, parce que je peux faire ce que je veux et ne dépend de per­son­ne; méthodique parce que je fais ce que je veux et ne dépend de per­son­ne, d’où l’oblig­a­tion d’une dis­ci­pline. Désor­mais bien rôdée. Au réveil (vers midi), nou­velles du monde, ce qui demande une petite demi-heure, toi­lette et ménage (par­fois exigeant, charge de mazout, ren­trée de bois, brico­lages élec­triques, détar­trages) puis écri­t­ure du roman, fab­ri­ca­tion d’une recette de cui­sine, et sieste devant le feu. A la reprise, écri­t­ure puis sport, com­bat ou vélo, et enfin, si le temps, la fatigue le per­me­t­tent, pein­ture. Débute la soirée. Par le vision­nement d’un com­bat de MMA, de quelques vidéos de grind­core, d ‘une sec­onde prise des nou­velle du monde, avant de pass­er à la bière et à des notes d’écri­t­ure. Un film. Ou un doc­u­men­taire. Enfin, la lec­ture, cir­cu­laire, au lit, des cinq livres en cours, en ce moment D.H-. Lawrence, Simone Weil, Calaferte, Gide et Adorno. 

Agrabuey

Con­duit avec la brou­ette du paysan mon sac de frappe à la salle com­mu­nale où le maire, après avoir reçu d’un fit­ness acculé à la fail­lite nom­bre de machines, a décidé d’ou­vrir un gym­nase pour les voisins (quand je compte les intéressés, j’en trou­ve un, moi). Le jeune qui habite à l’é­tage m’an­nonce que nous allons d’abord repein­dre. Bien — et aus­sitôt je lui offre mon aide. “Jan­vi­er”, dit-il. Ce que je regrette. Si cela ne tenait qu’à moi, je me met­trais à la pein­ture et aux coups de pied, aux coups de coudes, aux coups de poing dès ce soir.

Provenance

J’ai beau réfléchir, je ne com­prends pas d’où vien­dra l’ar­gent lorsqu’il n’y aura plus dans les halles de pro­duc­tion que des immi­grés et des robots.

Barricade 2

Agir. Réa­gir. Vio­len­ter ceux qui vio­lent nos esprits. Mais quand la masse, con­va­in­cue de son indi­vid­u­al­ité, les encensent, les prient, en rede­man­dent? Incar­nent la reli­gion de pourceaux de ces mages qui s’im­pro­visent guides? 

Barricade

Per­ver­sion absolue de nos gou­verne­ments. Donc de ce que nous sommes. Des stocks d’in­di­vidus gérés par la sta­tis­tique. Réfrigérés, réchauf­fés, con­di­tion­nés, déplacés selon les besoins. Les meilleurs imbé­ciles tirés de ces stocks, des impé­trants, relaient avec délec­ta­tion la pro­pa­gande autour du pro­jet d’asservisse­ment des mass­es et s’en félici­tent. Voici nos représen­tants (car tel est encore pour un temps leur nom). Pau­vres de nous! 

Assez! (7)

Rien de plus proche de mon état que son exact opposé, un chaos des foules, un campe­ment de fêtards, une vaste soûlo­gra­phie, la vie, la vie au présent et sa tox­ique jouis­sance. A la dif­férence que je suis seul acteur de ce spec­ta­cle d’en­ver­gure qui se joue habituelle­ment en nom­bre — avec la con­vic­tion de ne pas être seul à être seul.