Monpère

Me dis­ait: “Ceci n’est pas cher, il faut l’a­cheter. Achète-le!” Blou­son, meu­ble, cahi­er, marteau dont je n’avais aucun besoin.

Fatigue

Fatigué. Excès de sport (vélo, Krav Maga)? De bois­son (Skol et vin)? De soli­tude (face aux écrans, aux livres) ? D’écri­t­ure (cor­rec­tions de Sosiété)? De cir­cu­lar­ité (faire et refaire ce que je fais pour le per­fec­tion­ner)? D’oc­cu­pa­tions (liste trop longue)? Encore que la fatigue ne demande pas de raison.

Chose

Nom­mer “chose” une chose est large­ment au-dessus des capac­ités de l’homme moyen. Cela sig­ni­fierait qu’il n’est que ce qu’il est. 

Issue

D’is­sue, il n’y en a pas. Il n’y a que des idées bien faites qui font douter un temps sur la nature de l’issue.

Sur la construction

Dans ses pages de jour­nal des années 1960, Julien Green note: “Quand l’homme essaie de se faire un par­adis, c’est en général pitoy­able. Il réus­sit beau­coup mieux dès qu’il s’ag­it de fab­ri­quer un enfer à l’usage du prochain.” Volon­taire­ment, je sors ces quelques mots de leur contexte.

Joie

Une de mes plus grandes joies est de con­stater: “où je suis, comme je suis, pen­dant plusieurs heures rien ni per­son­ne ne peut m’atteindre”.

Vélo

Val­lée de la riv­ière Estarún ce dimanche matin. Le froid est vif, l’eau limpi­de sur la roche déchi­quetée. Nous roulons à bonne allure, changeant nos posi­tions au gré de la con­ver­sa­tion. D. chante en “bearnés” une comp­tine qui racon­te le départ pour le front d’un paysan en 14–18 lorsque trente vau­tours sur­gis­sent d’un défilé. Jamais vu tourn­er un si grand nom­bre d’an­i­maux près de ma tête. En descente les corps sem­blent énormes. J’aperçois le plumage ser­ré, gris et mar­ron, puis d’un tire d’aile les oiseaux remon­tent au ciel. Nous roulons à 30 km/h. Nous décro­chons devant un pan­neau qui annonce le hameau haut per­ché de Tiesas. Distance:1 km, la pente la plus sévère est à 18%. Quelques min­utes plus tard, nous atteignons essouf­flés une vieille ferme, un abreuvoir et une chapelle. Au loin, le pic de l’Aspe est blanc de neige. Mes cama­rades nom­ment chaque lieu-dit. Retour dans le fond de la val­lée, puis nou­velle mon­tée vers un vil­lage haut per­ché. Sin­ués, quelques dizaines d’habi­tants dans une citadelle de pierre. Notre cama­rade le maire d’A­grabuey con­naît le vieil­lard qui se tient au milieu de la rue (que pou­vait-il bien faire seul, debout, en silence, avant l’ar­rivée de notre pelo­ton?). Les deux hommes regret­tent que cette année les ban­quets n’aient pu se tenir sur la place, ils par­lent des recettes de fêtes (pain de mie frot­té) et des dernières battues (hécatombe de san­gliers). Nou­veau retour dans la val­lée. Un dernier col tracé au milieu des pinèdes nous ramène au vil­lage. Nous buvons du vin sur la ter­rasse de notre bar, devant le canal. Le soleil éclaire enfin, des portes claque­nt dans les ruelles, chaque voiture qui passe est l’oc­ca­sion d’un salut. 

An 2 (XVI)

 Ce n’est plus une société, amis un navire-hôpi­tal; et c’est à bord de cette chose que nais­sent nos enfants.

Constamment

Les hommes ont la mémoire de ce qui ne s’est pas pro­duit dans leur vie.

Etat

Penser encore, et mieux, il le faut — com­ment? Que faire? Nier, s’align­er? Devant le paysage cou­tu­mi­er que divisent de mau­vais­es caté­gories, com­ment rejoin­dre une posi­tion d’équili­bre? Pra­tique­ment, le tra­vail du corps et l’art, pour soi, approches pra­tiques dans la réac­tion, sont tou­jours suff­isantes, suff­isantes car elles illus­trent l’én­ergie pre­mière, l’én­ergie de la vie. Face aux cir­con­stances advers­es, le bon sens est la défense prim­i­tive. J’en jur­erais: l’ef­fort pour l’ef­fort est inal­ién­able. Il échappe à la pesan­teur et propulse l’homme généreux.