Distance 4

Som­meil per­tur­bé par de nom­breux réveils. Aus­sitôt, la litanie: je passe en boucle mes attaques devant les Tri­bunaux, éval­ue les ripostes, veut me diver­tir, penser vélo, course et lit­téra­ture, suis rat­trapé par les prob­lèmes. Hyp­no­tisé, je me tourne et me retourne, écoute les oiseaux, fixe la pro­jec­tion de l’heure au pla­fond, vois que le temps passe, referme les yeux, la litanie reprend. Je lis Un nuit au Lux­em­bourg de Rémy de Gour­mont, texte où le nar­ra­teur croise dans l’église de Saint-Sulpice un Jésus habil­lé en cos­tume-cra­vate qui l’emmène voir les nymphes au parc du Lux­em­bourg — j’éteins et la litanie reprend: argu­ment, con­tre-argu­ments, deman­des, méth­ode Kas­parov (au min­i­mum qua­tre coups d’avance). 

Brit-pop

Pete Doher­ty, un opti­miste. Per­suadé dans le for intime que la destruc­tion du corps sous régime de poésie n’est pas sanc­tion­née par la mort.

Pascal

“Tout le mal­heur des hommes vient de ne savoir pas demeur­er en repos, dans une cham­bre”. Peut-être. Mais cela relève déjà du choix. Or, c’est de l’in­cer­ti­tude du choix que vient le mal­heur. L’homme ne sait que faire de lui-même. Il espère une réponse. N’en trou­ve pas. Dés­espéré invente. En général, le plus absurde donc le plus con­traire à sa voca­tion naturelle qui, pré­cisé­ment, ne relève pas du choix.

Importation

S’il y avait une guerre entre aborigènes d’U­lu­ru, notre gou­verne­ment peu­plerait mécanique­ment un quarti­er dans cha­cune de nos villes d’a­borigènes d’Uluru.

Futur immédiat

La “grande con­fis­ca­tion”. Mou­ve­ment de saisie générale, il con­cerne les lois, les sym­bol­es, les biens, les envies et les corps. Il est en marche, con­testé par quelques récal­ci­trants, admis par la majorité. Dont je déduis que les gens ne savent plus que faire de leurs corps, n’ont plus d’en­vies, n’ont le sens ni de la loi ni des symboles.

Rêve

La Garde civile m’in­ter­cepte sur la route de Vil­la­ja­ca. Pas de per­mis de con­duire. L’a­gent le demande. Je cherche le per­mis. “Descen­dez du véhicule!”, ordonne l’a­gent. Mon Sig Sauer est glis­sé sous la cein­ture, à la base du dose. Diver­tir l’a­gent, cacher le pis­to­let, j’ai une seconde.

Ukraine

Nos jour­naux- ici les français — titrent ce matin “la guerre a forgé une nou­velle Ukraine, fière, résolue et déliée de la Russie” alors que sur le ter­ri­toire nation­al se déroule une guerre civile. Au-delà de ce drame des con­fins (nulle­ment européens), doit être mise en per­spec­tive le sys­tème de men­songe qui broie par méth­ode les meilleures con­sciences occi­den­tales et toute édu­ca­tion à la liberté.

Rêve

Joe Biden dort assis. Je toque sur son crâne: “réveillez-vous Mon­sieur Biden, réveillez-vous!”. Il ouvre les yeux, regarde devant lui. “Vous êtes réveil­lé?”. Lui: “Com­ment? Oui. Que se passe-t-il?”. Moi: “Pen­dant que vous dormiez, une guerre a éclaté en Ukraine!”.

Agrabuey

Vil­lage sous une pluie drue. Pavé inondé. Le vent souf­fle l’eau des fontaines. J’al­lume le feu, je relance la chaudière à mazout. Le paysan : “Ah, te voilà!”. Je demande si les gens vont arriv­er. “Il hoche la tête: nous avons encore quelques heures de calme. Après, c’est Pâques.”

Rétrovision

Ne me vois plus comme une per­son­ne recom­mand­able. Au sens où ma vision du monde est peu adap­tée au monde; au sens où je pour­rais, à chaque instant, dérap­er; au sens enfin où mon approche rationnelle du faire en société me donne l’en­vie d’exclure.